Interviews

Valérie, 36 ans, chercheur paléoclimatologue

Valérie est directeur de recherche au Laboratoire des Sciences du Climat et de l’Environnement. Objectif : comprendre le système climatique passé et futur.

En quoi consiste votre métier ?

Je suis responsable d’une équipe de recherche d’une vingtaine de personnes au Laboratoire des Sciences du Climat et de l’Environnement. Nous travaillons notamment sur des carottes de glace prélevées au Groenland et sur des échantillons de cernes d’arbres qui proviennent de forêts européennes. A côté de mon travail scientifique, j’ai également tout un ensemble d’activités complémentaires : je monte des projets afin de trouver des financements, je rédige des articles pour des revues scientifiques, je relis des projets ou articles d’autres chercheurs, j’anime des réunions, je forme des étudiants …

Sur quels projets travaillez-vous ?


Actuellement, je travaille sur un premier projet qui porte sur l’analyse des carottes de glace de l’Antarctique, et j’étudie plus particulièrement l’évolution du climat entre les périodes glaciaires (froides) et les périodes interglaciaires (chaudes). En parallèle, je participe à une étude portant sur des cernes d’arbres provenant de chênes de la forêt de Fontainebleau et des bâtiments historiques de la ville ; ce travail permet de connaître l’histoire des températures dans cette région depuis plusieurs siècles. Enfin, je suis impliquée dans un nouveau projet de forage en Arctique, qui démarre cette année. Nous cherchons à obtenir les carottes de glace les plus anciennes possibles, et à simuler l’évolution passée du climat et du volume de glace sur le Groenland.
Certains projets se font en collaboration avec d’autres pays. Par exemple, les forages de glaces polaires se font toujours avec des centres de recherches européens et internationaux.
Chaque projet se divise en trois grandes étapes. En premier, le montage, c’est-à-dire établir le sujet d’études, trouver les fonds utiles… Puis vient la phase de prélèvement et d’études des échantillons. Cela peut prendre plusieurs années ! Pour terminer, nous réalisons des mesures très précises sur les échantillons et les analysons pour comprendre leurs informations sur l’évolution du climat.

Comment se compose votre équipe ?

Nous sommes treize salariés fixes : une partie travaille pour l’IRD, d’autres pour le CNRS et d’autres encore pour le CEA ou l’université Paris 6. Nous accueillons des étudiants en stage, de jeunes chercheurs (doctorants, post-doctorants), du personnel contractuel travaillant plus particulièrement sur certains projets, des visiteurs étrangers. Ce sont des techniciens, ingénieurs, chercheurs ou étudiants de divers horizons : il y a des géologues, des géochimistes, des spécialistes de la dynamique de l’atmosphère, des spécialistes des pollens… C’est une équipe originale parce que nous mettons en commun les informations obtenues sur l’évolution du climat à partir de différents archives naturelles : les glaces, les cernes des arbres, mais aussi les pollens, les sédiments des lacs, les stalagmites…


A quoi servent vos recherches ?

En étudiant les climats passés dans diverses régions du monde, nous connaissons l’ampleur et la vitesse des changements, et la manière dont le système climatique réagit à différentes perturbations. Nous mettons ainsi le réchauffement récent en perspective par rapport à la variabilité naturelle du climat. Nous testons également le réalisme des modèles : les simulations des climats du passé sont confrontées aux observations. Cela permet de montrer que ces codes de calcul, basés sur les lois physiques qui régissent les échanges de rayonnement, la dynamique de l’atmosphère, de l’océan, de la végétation… sont capables de simuler correctement des climats différents.

Et à quoi aboutissent-elles concrètement ?

Nos recherches se concrétisent sous la forme de publications ; des articles que nous publions dans des revues scientifiques. Nous contribuons ainsi à faire avancer les connaissances et à mieux comprendre les mécanismes de fonctionnement de l’atmosphère et du climat*.

Qu’appréciez-vous le plus dans votre métier ?

C’est passionnant de travailler sur le climat car c’est un objet d’études lié à l’histoire de l’Homme et qui fait intervenir de nombreuses disciplines.

Et qu’appréciez-vous le moins ?

Je passe de plus en plus de temps à monter des dossiers afin de trouver des financements. Il faut sans cesse chercher des fonds. D’autre part, mon équipe est composée d’étudiants motivés, brillants et sympathiques (chercheurs, ingénieurs ou techniciens) que je ne peux malheureusement pas intégrer faute de moyens ; c’est très frustrant car ils y auraient vraiment leur place !
Enfin, je travaille avec passion et j’ai du mal à me fixer des horaires, à ne pas rester trop tard le soir. La vie de famille n’est pas simple à concilier avec ce métier. En plus, mon mari est également chercheur climatologue. Tous les deux, nous travaillons beaucoup et nous sommes amenés à effectuer des déplacements à l’étranger !

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes qui souhaitent travailler dans ce domaine ?

Si un sujet les intéresse, il faut se lancer ! Si l’on s’en donne les moyens, on y arrive. Dès le collège, il ne faut pas hésiter à s’informer sur les métiers de la recherche en contactant des laboratoires, en prenant des contacts avec des chercheurs pour effectuer des stages.

* Zoom sur le Prix Nobel de la Paix 2007 suite au rapport du Giec

Propos recueillis par Diane Dussud
Photo 1 : © CEA - Photo 2 : © P.Doira/CEA-CNRS - Photo 3 : © CEA-IPEV

  • Formation

Bac scientifique

+ école d’ingénieurs

 

Commentaires


noémie, le 22 septembre à 22h14 :

Je suis étudiante à la faculté d’orsay en première année de BCST ( biologie chimie et science de la terre) et suis très curieuse de connaître d’autres informations sur le métier de paléoclimatologue telle que l’existence de spécialités au sein même du métier ? Est-on paléoclimatologue géophysicien, géochimiste, météorologue etc. ou " simplement " paléoclimatologue qualifié dans tous ces domaines sans nécessaire spécialité. Je voudrais aussi savoir si en tant que paléoclimatologue, on se déplace sur le terrain ; si oui est-ce que tous les paléoclimatologues le peuvent (question de budget ?d’organisation ?). Je me demande aussi si le métier de paléoclimatologue n’est pas un métier tarissable dans les 10 prochaines années, n’aurons-nous pas déja retiré toutes les informations qu’il y avait à retirer ? Est-il possible d’obtenir des réponses. Je vous remercie.


 
Imagine ton Futur le 22 septembre à 22h14 :

Noémie, il y a beaucoup de spécialités dans la paléoclimatologie : d’un côté, tout ce qui touche à la modélisation des climats du passé, avec
des spécialisations selon les périodes étudiées, ou bien les compartiments du système climatique (océan, atmosphère, glace...). De l’autre côté, les métiers liés à la mesure des archives du climat font également appel à un ensemble de spécialités différentes : par archive (carottes de glace, carottes lacustres, carottes de sédiments marins, de stalagmites, de coraux), et aussi par méthodes d’analyse (méthodes physiques, chimiques, isotopiques) et de datation (géochronologie). Dans nos équipes, les chercheurs ont des cursus très différents, en sciences de la terre, physique, chimie, géochimie... Il y a bien sûr la nécessité pour ces archives de maîtriser les opérations de prélèvement et donc une partie de départ liée à un travail de terrain, soit pour caractériser le fonctionnement des archives (observations répétées) soit pour extraire les carottes. Cependant, la plupart du travail se déroule en
laboratoire, pour analyser les échantillons et comprendre l’information climatique, avec son incertitude.

Les sciences des climats passés sont relativement jeunes, car l’approche "naturaliste", descriptive, développée à partir du 18ème siècle a été révolutionnée par les méthodes de datation et d’analyse géochimique (apparues essentiellement dans les années 1970). De nombreuses questions scientifiques ne sont pas résolues, aussi bien pour connaître la manière dont le climat a varié au cours des derniers siècles, que la manière dont se sont produites les instabilités abruptes du climat, les successions des glaciations, ou les grandes transitions climatiques. Les défis sont liés à l’obtention d’archives dans des sites très difficiles d’accès, au développement de nouvelles méthodes d’analyses très précises, à la conduite de mesures à très haute résolution pour pouvoir vraiment identifier les séquences d’évènements associées aux changements climatiques passés.

Je vous invite à consulter le site web du LSCE pour avoir quelques informations complémentaires sur certains de ces métiers, et, pour la partie que je connais bien, les carottes de glace, à consulter notre plan de travail à 10-15 ans, avec de grands défis à la fois logistiques, technologiques et scientifiques : www.pages.unibe.ch/ipics/index.html.

Pour connaître la manière dont le climat fonctionne, nous disposons de 2 principales sources d’informations : la physique des processus avec la
modélisation du climat et l’observation du climat actuel (réseaux de mesures, télédétection etc) ; et l’étude des grands changements climatiques passés. Ce sont ces grands changements passés qui peuvent permettre de connaître les limites des modèles de climat : peuvent ils représenter correctement l’intensité des changements passés, les processus amplificateurs, la vitesse des changements, y a-t-il des rétroactions manquantes, etc. Quand on voit l’incertitude sur les projections par exemple du risque d’augmentation du niveau des mers (le Groenland fondra-t-il ou pas, à quelle vitesse), on comprend à quel point il est fondamental de tester les modèles de climat et de calottes polaires vis à vis des grands changements passés.

J’espère avoir un peu répondu à vos questions.

Valérie.


 

 

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