
Marie, 32 ans, médecin urgentiste
« L’été dernier, j’ai aidé une femme à accoucher. »
Bonjour Marie, le quotidien du docteur Carter dans Urgences, c’est un peu le tien ?
Oui à part qu’il n’y a pas beaucoup de personnes qui nous appellent pour une blessure par balle sur le sol français ! Et je ne m’en porte pas plus mal !
Alors, peux-tu nous dire ce que tu fais exactement ?
Je travaille depuis 2 ans au SAMU qui est rattaché au CHR (Centre Hospitalier Régional) de Lille. Je remplis 3 missions : je fais de la régulation (ce qui signifie que je réponds aux appels des gens qui composent le 15), des sorties primaires et des sorties secondaires. Les sorties primaires sont les déplacements chez des particuliers ou sur un lieu d’accident et les sorties secondaires sont les transferts de patients d’un établissement à l’autre.
C’est étrange de travailler dans l’urgence constamment ? Tu n’as pas une minute de répit ?
Il arrive que nous restions 2 – 3 heures au chômage technique mais ça n’arrive que certaines nuits. La plupart du temps, on n’arrête pas de courir. L’urgence, pour moi c’est quand il y a des vies en danger : un arrêt cardiaque, un coma, un accidenté à blessure ouverte… Bref, toutes les situations où la présence d’un médecin est nécessaire. Quand on reçoit un appel, l’équipe au complet doit être prête à sauter dans un camion pour intervenir.
La bonne entente dans l’équipe est indispensable !
Oui, c’est sûr ! Tu ne peux rien faire tout seul. J’ai la chance de travailler avec une bonne équipe. Il y a un ambulancier, un infirmier anesthésiste, un étudiant en 5 ou 6e année et un médecin. Avec le temps, on finit par avoir l’habitude de travailler ensemble, il y a certains réflexes qui sont maintenant naturels. Je n’ai pas besoin de demander la tension ou la température, tout le monde sait ce qu’il a à faire et parfois, par un regard, les uns savent ce que les autres veulent. Tout le monde doit rester très concentré et être à l’écoute des autres. Sur les interventions, c’est le médecin qui dirige les opérations. Il est le responsable de l’équipe.
Pourquoi as-tu voulu être médecin ?
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© DR
En fait, je voulais être pharmacienne, j’ai commencé mes études et j’ai loupé deux fois la première année, alors je me suis dirigée vers la médecine (je fais partie des rares personnes qui trouvent que la première année de médecine est plus facile que la première année de pharma !). Depuis que je suis gamine, je suis attirée par cet univers. Il faut dire que ma mère était infirmière et ma tante pharmacienne. Bien sûr, elles me parlaient beaucoup de leur métier.
Qu’est-ce qui a été le plus difficile pour toi ?
Les études de médecine sont très longues. Là aussi, j’ai repiqué ma première année ! Je voulais faire un travail d’équipe. Pour arriver à mes fins, j’ai fait une spécialisation en médecine urgentiste, en parallèle de mes cours et de mes stages. Maintenant, ce diplôme a disparu. Il devient une spécialité proposée à partir de la 5e année. Mieux on est classé à la sortie des concours, plus on a de chance d’avoir la spécialité qu’on a choisie en premier. Comme les méthodes de sélections sont rudes, les étudiants qui veulent être urgentistes et qui ne sont pas pris, choisissent l’option anesthésie et réanimation. Ils savent qu’ils seront amenés à travailler avec des urgentistes.
Qu’est-ce qui te plait dans ton métier ?
Les remplacements chez des médecins de ville ne m’intéressaient pas ! Moi, ce que j’aime c’est bouger ! Pas de routine, pas de train-train ! Je ne me repose pas beaucoup. Il faut une certaine résistance à la fatigue pour être médecin urgentiste. Et puis, il y aussi du matériel assez lourd à porter. Le comble, c’est que je passe mes journées ou mes nuits à l’arrière d’une ambulance et que je n’aime pas ça du tout ! Je suis malade en voiture ! Vous voyez, quand on aime, on est prêt à tout !
En effet, ça ne doit pas être très agréable pour toi ! Et quelles sont tes relations avec les patients ?
Le contact avec les patients est très important pour moi. Quand j’arrive sur une intervention, j’essaie de nouer un dialogue avec le blessé. Il y a une certaine attitude à adopter : si tu es stressée, il ne faut pas que ça se voit. Et surtout pas devant la famille ! L’été dernier, j’ai aidé une femme à accoucher. C’était un moment très fort pour moi, surtout quand à la fin, tu admires le sourire de la maman qui tient son enfant dans ses bras. A l’opposée, on côtoie la mort de près. Il faut se forger une résistance face à cela. Mais, encore une fois, c’est une habitude qu’on attrape avec l’expérience.
Marie, que dirais-tu à un jeune qui a envie de faire ton métier ?
Qu’il a de l’avenir ! Ma profession n’arrête pas d’évoluer. Anti-monotonie, c’est la règle du jeu !
Par contre, je déconseille mon métier à tous ceux qui ne sont pas résistants à la fatigue. Avec l’âge ça devient de plus en plus difficile de récupérer. Personnellement, je me vois bien travailler jusque ma retraite en tant que médecin urgentiste. Mais j’ai prévu mon coup, j’ai aussi un diplôme en gériatrie (les soins médicaux pour les personnes âgées)…
Alors bon courage pour la suite !
Merci !
Son parcours :
Bac D (équivaut maintenant à un bac S option SVT)
+ Après, deux premières années de pharma, nouvelle orientation avec 9 années d’études de médecine généraliste et préparation en parallèle d’une spécialisation en médecine urgentiste.
Questions-réponses :
Où est-ce que vous passez le plus de temps ? A l’hôpital ou chez les malades à domicile ? Parce que je voudrais faire urgentiste mais plutôt a l’hôpital et accueillir les patients est-ce possible ? (d’Afsa, 16 ans, terminale)
Bonjour Afsa,
Actuellement je travaille uniquement pour le Samu, donc je me déplace aux domiciles des patients et les accompagne à l’hôpital lorsque cela est nécessaire. Je pratique également la régulation médicale, je réponds au téléphone lorsque les gens font le « 15 » pour estimer le degré d’urgence de l’appel et envoyer les secours appropriés.
Je ne travaille pas dans un service d’urgences classique, et ne suis donc que rarement à l’hôpital d’autant qu’à Lille, nos locaux sont décentralisés.
Bien évidemment la formation d’urgentiste étant la même pour tous, tu peux travailler dans un service d’urgences plus conventionnel sans faire de smur.
Mais le travail pré hospitalier (ce que je fais) ne veut pas dire que l’on ne prend pas en charge les patients et leur entourage, comme cela est fait à l’hôpital ! Le seul problème c’est que nous devons agir vite, nous avons moins de temps à donner aux patients, et nous ne nous occupons plus d’eux une fois arrivés aux urgences (bien que ce ne soit pas toujours le cas dans d’autres hôpitaux).
J’espère avoir pu répondre à ta question et bon courage pour la suite !
Salut Marie ! Je voudrais savoir en quoi consiste exactement le métier de médecin urgentiste ? Que dois-tu faire ? Merci de me répondre. (de Maud, 14 ans)
Salut Maud,
Bon, une fois ta formation initiale terminée (ton internat) tu peux t’orienter vers la médecine d’urgence « classique » à l’hôpital, ou vers le smur, parfois tu peux effectuer une activité mixte.
Même si la formation est similaire, la pratique varie.
En smur, tu te déplaces chez les patients, tu entres dans leur intimité, tu peux parfois « mener une enquête » sur place qui t’apportera des éléments essentiels pour la prise en charge. Tu interviens également dans les accidents de la circulation graves, dans les catastrophes (accident ferroviaire par exemple), sur la voie publique… Nous effectuons également des transferts d’un hôpital à un autre quand l’état du patient le nécessite. Par ailleurs je fais de la régulation médicale, c’est-à -dire que je réponds au téléphone lorsque les gens appèlent le « 15 », j’évalue le degré d’urgence de l’appel et envoie les secours les plus adéquats lorsque cela est nécessaire.
Dans un service d’urgence conventionnel, là encore l’activité est variée. Certains hôpitaux n’ont qu’un service pour toutes les urgences, qu’elles soient médicales, chirurgicales, pédiatriques ou gynécologiques. D’autres se sont orientées dans un domaine plutôt qu’un autre.
Mais le métier est le même, tu accueilles le patient, l’interroge, l’examine, effectue des examens complémentaires lorsque cela s’avère nécessaire, et pose un diagnostic (ce n’est pas toujours évident !). Puis tu entreprends le traitement.
Aux urgences tu as davantage de temps à consacrer à tes patients, mais il faut savoir gérer plusieurs cas à la fois, ce qui est rarement le cas en smur. L’avantage également ici, c’est que tu peux suivre ton malade, tu l’orientes dans le service approprié (s’il nécessite une hospitalisation) et tu peux toujours demander l’avis d’un autre médecin.
Voilà un aperçu de notre vie, ce n’est pas comme à la télé mais cela reste passionnant !
( © DR)