
Nicolas Gaudron, 32 ans, designer d’interaction
Passionné par le design, Nicolas termine ses études au Royal College of Art à Londres en 2002. En 2007, il crée IDSL, une entreprise de conseil en innovation spécialisée dans les Interactions Homme Machine et le Design d’Interaction. Témoignage.
Quel est votre parcours scolaire ?
J’ai passé un bac Arts Appliqués où j’ai pu découvrir les différentes disciplines des Arts Appliqués. J’ai ensuite été diplômé d’un BTS de Design Industriel à l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Appliqués et des Métiers d’Art (ENSAAMA). Tout d’abord motivé par le style, je me suis très vite intéressé à l’utilisateur : observer et comprendre pour mieux concevoir les objets qui l’entourent. Après le BTS, je suis parti en Angleterre pour faire un Bachelor of Arts à Birmingham puis un Master of Arts de Design Produit au Royal College of Art à Londres où j’ai découvert le design d’interaction. Les anglo-saxons ont une approche plus pragmatique, moins théorique qu’en France. La méthode du « faire pour apprendre » m’a beaucoup plu.
Quel est votre parcours professionnel ?
Après avoir travaillé chez IDEO (agence de Design) à Palo Alto (Californie), j’ai intégré l’INRIA (Institut National de Recherche en Informatique et Automatique) comme designer d’interaction, ma mission consistait notamment à concevoir un nouveau protocole de communication, simple à utiliser par des technophobes. Ce travail a fait l’objet d’un brevet et de publications scientifiques.
Une fois cette mission de deux ans achevée, j’ai rejoint la Direction du Design Industriel de Renault au sein du studio « Prospective & Concept Car » où j’ai contribué au développement de l’activité Interaction Homme Machine amont. J’ai travaillé par exemple sur de nouvelles interfaces multimedia, commandes de climatisation, GPS, mais aussi sur l’expérience utilisateur autour de la voiture : par exemple, en venant scanner la couleur d’un objet à l’aide d’un stylet, je personnalise la couleur d’ambiance de mon habitacle.

Projet d’une radio interactive réalisé lors de son Master of Arts de Design Produit
Quand et pourquoi avez-vous créé votre société ?
L’idée m’est venue quand je travaillais à l’INRIA. Créer ma société me permettrait de travailler dans des secteurs d’activités variés et pour des organisations différentes comme des grandes entreprises, des PME, des start-ups, des laboratoires de recherche publics et privés. Cette diversité est très riche, j’apprends tous les jours. Je peux également consacrer du temps à des sujets moins lucratifs comme par exemple une réflexion sur l’éthique et les technologies émergentes. IDSL a aujourd’hui 3 ans et demi.
Comment définiriez-vous le design d’interaction ?
Le design d’interaction consiste à travailler sur les interactions Homme-Machine (les interfaces) mais aussi sur les interactions entre les hommes, les services, les systèmes et les organisations.
Il est essentiel pour moi de réfléchir aux interactions, à l’expérience humaine, avant de penser à une solution de mise en forme ou à un support particulier. Par exemple, derrière l’objet physique téléphone, il est tout d’abord question du lien entre deux personnes à distance, de la possibilité de se parler, de laisser un message, de s’échanger des messages, du contexte dans lequel chacune se trouve, de leurs émotions etc. L’objet physique téléphone est un support possible de cette relation, au même titre qu’un ordinateur, un post-it papier, une tierce personne qui transmet un message, etc. C’est à partir des éléments clés de l’expérience, du vécu que l’on souhaite raconter, que l’on va proposer le support le plus adapté et créer une mise en forme esthétique et fonctionnelle cohérente.

Projet d’une radio interactive réalisé lors de son Master of Arts de Design Produit
Quelle est la particularité de votre agence ?
Nous aidons nos clients à anticiper, à faire émerger de nouveaux concepts et à les transformer en des expériences porteuses de sens pour les hommes et pour leur organisation. Nous fabriquons des maquettes et réalisons des expériences pour dans un premier temps, comprendre la problématique en se mettant à la place des personnes pour qui nous devons innover et dans un second temps, pour créer et développer les nouvelles idées.
Le design, est-ce un métier d’avenir ?
Oui, je le pense ! Une fois de plus, le design va au-delà de l’esthétique. Les méthodologies du design permettent la remise en question de beaucoup de choses : des objets, services, systèmes et organisations. C’est d’autant plus important en cette période de crise où les entreprises, l’Etat ont besoin d’innovation : trouver des solutions à faible coût et répondant à de vrais besoins.
Quels conseils donneriez-vous aux jeunes qui souhaitent devenir designers ?
Il faut être curieux et ouvert d’esprit. Je conseillerais aux jeunes de partir à l’étranger pour voir autre chose et se confronter à des cultures différentes.
Propos recueillis par Diane Dussud
Son site Web : www.id-sl.com