Aurélie, 30 ans, technicienne eau et sanitation



Pour différentes ONG, Aurélie part en mission pour construire des puits d'eau potable et aménager des réseaux d'évacuation d'eaux usées. Un beau métier, très prenant.

Quel est votre parcours scolaire ?
J'ai effectué un bac scientifique parce que j'aimais les sciences et puis, je voulais faire plaisir aux parents. Je ne savais pas quel métier je voulais faire, alors j'ai réalisé, à la fac, des études en sciences généralistes. J'avais des cours de mathématiques, physique, chimie... Les cours de géologie m'ont vraiment plu : j'ai continué dans cette voie jusqu'au bac +5. Dans un souci d'éthique, je ne voulais pas étudier la recherche de pétrole. Je me suis spécialisée dans les problématiques d'érosion des côtes et de résistance des sols.
Comment êtes-vous devenue technicienne eau et sanitation dans l'humanitaire ?
Une fois diplômée, j'ai trouvé un emploi (après six mois de recherche) au sein d'un bureau d'études géotechniques. Avant la construction d'un bâtiment, une étude des sols est réalisée afin de donner un accord ou lister les précautions à prendre. C'est une expérience qui m'a bien plu mais au bout de quelque temps, une certaine routine s'est installée, les tâches étaient assez répétitives et les logiques d'argent devenaient pesantes... Je suis tombée sur une brochure du centre de formation aux métiers de l'humanitaire Bioforce. Ce fut un déclic, mais j'avais quelques appréhensions à m'engager dans l'humanitaire. Une cousine et l'institut ont su répondre à toutes mes questions et je me suis lancée, sereine.
Comment s'est déroulé votre formation ?
Après une kyrielle de tests, j'ai été accepté à l'Institut Bioforce. La formation a duré 4 mois. C'était intense : on a appris beaucoup de choses.
Avez-vous trouvé des missions facilement ?
La formation est reconnue dans le milieu et c'est un métier recherché dans l'humanitaire. J'ai donc trouvé ma première mission sans trop de difficultés. C'était pour Action contre la faim, en Sierra Leone.
En quoi consiste votre métier ?
Cela varie en fonction des missions. Mais, il s'agit généralement de mettre en place un projet : des puits d'eau potable et des réseaux d'évacuations d'eaux usées. J'élabore le budget, m'occupe du recrutement des salariés et de l'administratif. Je dirige les opérations menées par des salariés « locaux » : c'est une lourde responsabilité, de plus, il s'agit d'équipe pouvant aller jusqu'à 70 personnes. Mais, c'est un travail de groupe. Sur place, il y a un administrateur pour aider à la gestion du personnel et au respect du code du travail dans l'association. Je suis également accompagnée de logisticiens qui gèrent le bon fonctionnement des véhicules, du groupe électrogène... Lis le portrait de Patrice, mécanicien pour MSF !
Qu'appréciez-vous le plus dans votre métier ?
La beauté du métier ! De plus c'est une action concrète : apporter de l'eau. C'est magique. Et puis, il n'y a pas de routine. Je travaille de 6h à 21h et je ne vois pas les journées passer...
Et quels sont les inconvénients ?
L'éloignement se gère, mais c'est toujours difficile. Nos proches vivent des moments importants, sans nous. Et quand on rentre chez soi, on est un peu un étranger. Heureusement, il y a Internet qui permet de garder le contact. De plus c'est un métier très prenant : on peut vite se fatiguer. Je suis rentrée très fatiguée et malade de ma première mission. J'ai pu repartir qu'après une pause de six mois. Mais, le plus gros inconvénient c'est le statut des métiers de l'humanitaire : en mission nous percevons une indemnité et pas un salaire. Ainsi, nous ne cotisons pas pour le chômage ni pour les retraites. De retour en France, nous n'avons aucun droit. C'est une situation difficile, qui peut devenir très compliquée.
Quels sont vos projets ?
Je rentre d'une mission d'un an et demi en Birmanie. Je vais bientôt devenir maman donc je ne vais pas repartir tout de suite. Le papa travaille aussi dans l'humanitaire, nous étions d'ailleurs ensemble lors de la mission en Birmanie. Dans quelques mois, l'un de nous repartira en mission et l'autre suivra et essayera de trouver un emploi dans le pays. Mais, je ne pense pas faire ce métier toute ma vie et une reconversion se prépare bien à l'avance. Ainsi, à chaque fois que je rentre en France, j'en profite pour passer des diplômes.
Quels conseils donneriez-vous aux jeunes qui souhaitent se lancer dans l'humanitaire ?
Il ne faut pas chercher une reconnaissance et s'attendre à être accueilli comme « le Messie ». Il faut rester humble, respecter l'autre et sa culture. Sur tous les projets, les populations locales travaillent avec nous, un bon projet c'est un projet qu'ils s'approprient.
Propos recueillis par Diane Dussud

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Karell 21 ans

GROUPE MEDICIS
BTS NRC

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Liste des Commentaires (1)

azertyuiop2 12 août 2010 09:00 #1
Ce travail doit être très intéressant, très riche en découvertes, en rencontres, mais très crevant. Je trouve que c'est anormal de recevoir non pas un salaire, mais une indemnité, ce qui ne permet pas d'aider d'autres personnes dans le besoin, comme citées dans le témoignage (personnes à la retraite ou chômeurs). Un coup de chapeau sur ton parcours, bien remplie, mais je comprends que tu ne veuilles pas en faire un métier à vie. Bonne continuation dans tes études et bon courage. Augustin, St Jean de Bournay (Isère).