Le pouvoir d'achat



Depuis plusieurs années, le pouvoir d'achat est un sujet de préoccupation majeure pour les Français. Il figurait parmi les trois premières priorités économiques et sociales dans les sondages réalisés à l'occasion de la dernière élection présidentielle.
Qu'est-ce que le pouvoir d'achat ?
Le pouvoir d'achat est la quantité de biens et services qu'il est possible d'acheter grâce au revenu disponible, c'est-à-dire la somme de tous les revenus (salaires, revenus du patrimoine, transferts sociaux) desquels on retranche les impôts et prélèvements sociaux.
Le pouvoir d'achat augmente donc quand le revenu disponible (qui dépend en pratique essentiellement du niveau des salaires) progresse plus vite que les prix.
Débat. Les indicateurs économiques montrent que le pouvoir d'achat augmente alors que les Français ressentent le contraire.
Depuis 1960, le pouvoir d'achat progresse en France. De 1960 à 1974, il a augmenté au rythme moyen très élevé de 5,7 % par an. Depuis le premier choc pétrolier, la hausse annuelle moyenne est de 2,1 % par an. Entre 2001 et 2006, elle s'est élevée à 2,4%. Or, ce n'est pas du tout ce que ressentent les Français.
Pourquoi ce décalage ?
- L'homme (ou la femme) de la rue ne raisonne pas comme un économiste : « son » pouvoir d'achat représente « sa » capacité à acheter les biens et les services qui forment les standards du moment. Or, depuis une dizaine d'années, les coûts supplémentaires résultant de l'apparition de biens et de services qui n'existaient pas auparavant, ainsi que des nouveaux modes de vie et de consommation ont progressé plus vite que les revenus.
Équiper chaque personne d'un téléphone portable, acquérir un micro-ordinateur, s'abonner à Internet à haut débit... a généré des dépenses récurrentes, souvent prélevées chaque mois sur le compte bancaire sans qu'on n'en ait la maîtrise. De manière globale, l'INSEE estime que les biens et services issus des TIC ont représenté en 2005 une dépense équivalente à 4,2 % du budget des ménages. Ce poids n'était que de 1,3 % en 1960.
Pour faire face à ces nouveaux besoins, les consommateurs ont réduit leur épargne, souscrit du crédit, opté pour du low cost et du hard discount pour les produits les plus banalisés et parfois même réduit leur consommation dans certains secteurs. Mais ils ont mal vécu cette nécessité de déclasser certains postes de leurs achats et de se priver de certains autres et ressenti cela comme un appauvrissement, une baisse du pouvoir d'achat.
- De leur côté, les associations de consommateurs pointent un certain nombre de facteurs qui ont conduit à réduire le pouvoir d'achat : le passage à l'euro, la prise en compte incomplète du coût du logement dans les indices de prix, la hausse du prix des biens de première nécessité tels que l'alimentation. Entre 2001 et 2006, les prix du gazole et du GPL ont bondi de 36 %, celui des assurance santé complémentaires de 22 %.
Les mesures statistiques ne tiennent pas compte des réalités individuelles
- Pour mesurer le pouvoir d'achat, on se sert de l'indice des prix à la consommation. Or cet indice est une mesure globale qui ne tient pas compte de la part des différentes catégories de biens dans le total des achats des ménages.
Par exemple, un ménage à faible revenu consacrera proportionnellement une plus grande part de ses ressources à des dépenses indispensables (alimentaire et transport par exemple) que les ménages à plus haut revenu. Or, c'est le prix de ces biens indispensables qui a le plus augmenté (contrairement à celui de biens liés aux loisirs ou à l'habillement par exemple). Pour cette catégorie de ménages moins favorisés, le pouvoir d'achat aura eu tendance à se dégrader, d'autant que les salaires ont peu progressé.
Au total, sur la période 1998-2004, les salaires nets de prélèvements sociaux ont augmenté de seulement 0,6 % en moyenne par an dans le secteur privé et semi-public et de 0,3 % dans la fonction publique d'État. La faible croissance des salaires au cours des dernières années tient à l'augmentation du nombre d'emplois précaires, mais surtout à l'augmentation du chômage. Lorsque celui est élevé, les salariés sont dans une situation moins favorable pour négocier des hausses de salaires. De ce point de vue, la baisse du chômage ne bénéficierait pas seulement aux chômeurs eux-mêmes, mais au pouvoir d'achat de l'ensemble des salariés.
- La mesure statistique du pouvoir d'achat fait état d'une croissance lente mais réelle. Mais si on affine les mesures et qu'on ramène cette croissance globale par ménage ou mieux, par unité de consommation, elle affiche des valeurs quasiment insignifiantes au cours de certaines années récentes. Le diagnostic se dégrade encore lorsque l'on tente de mesurer comment évolue le pouvoir d'achat des ménages une fois qu'ils ont fait face aux dépenses contraintes difficilement
compressibles (transport, loyers, charges afférentes, etc).
Quelles pistes pour faire concorder les chiffres et ce que perçoivent les Français ?
Le conseil d'analyse économique, qui réunit des économistes, et a pour mission d'éclairer les choix du gouvernement en matière économique, a consacré en janvier 2008 un rapport sur « Mesurer le pouvoir d'achat ». Ses auteurs proposent notamment de définir plus rigoureusement le champ des dépenses contraintes (alimentation, loyers, transports, etc), de mieux tenir compte du logement dans un indice des prix élargi et de construire, à côté de l'indice des prix, des indices du coût de la vie et d'expérimenter des indicateurs complémentaires de qualité de vie et de bien-être.
Par Véronique Gérardin avec la collaboration de Marc Ferracci, professeur en Master Management et Ingénierie économique, Expertise de l'Emploi et des Compétences à l'Université Paris Est - Marne La Vallée.
Définition du pouvoir d'achat :
Le pouvoir d'achat est la quantité de biens et de services qu'il est possible d'acheter grâce au revenu disponible, c'est-à-dire la somme de tous les revenus (salaires, revenus du patrimoine, transferts sociaux) desquels on retranche les impôts et prélèvements sociaux. Le pouvoir d'achat augmente donc quand le revenu disponible (qui dépend en pratique essentiellement du niveau des salaires) progresse plus vite que les prix.

pub

Lucie 20 ans

Neoma Business School, campus de Reims

Discuter avec Lucie

Découvrir d'autres étudiant(e)s »

Ajouter un commentaire


Votre email ne sera jamais publié